Une saillie a eu lieu, ou vous suspectez une gestation : place aux questions concrètes. Combien de temps ça dure ? Que faut-il changer dans l’alimentation ? Comment reconnaître le début de la mise bas et, surtout, à quel moment s’inquiéter ? Voici les repères fiables pour accompagner votre chienne, étape par étape, sans paniquer ni sur-médicaliser.
Combien de temps dure la gestation ?
La gestation de la chienne dure en moyenne 63 jours, soit environ neuf semaines. En pratique, on observe une fourchette de 58 à 68 jours à partir de la saillie. Cette variabilité s’explique par un détail biologique : l’ovulation et la fécondation ne coïncident pas exactement avec l’accouplement, car les spermatozoïdes survivent plusieurs jours dans les voies génitales. C’est pourquoi la date de saillie est un repère imprécis.
Le seul moyen de dater précisément la gestation est un dosage de la progestérone réalisé par votre vétérinaire au moment des chaleurs. Si vous n’avez pas cette donnée, considérez la fourchette 58-68 jours comme normale, et préparez-vous dès le 55ᵉ jour.
Côté confirmation, deux examens sont utiles. L’échographie, réalisable dès 25 à 30 jours, confirme la gestation et la vitalité des fœtus. La radiographie, en revanche, n’est interprétable qu’à partir du 50ᵉ jour environ, lorsque les squelettes des chiots sont minéralisés : elle permet alors de compter le nombre de petits, une information précieuse pour savoir, le jour J, si la mise bas est terminée.
Le suivi vétérinaire et l’alimentation pendant la gestation
Pendant les cinq premières semaines, il n’y a presque rien à changer. La chienne mange sa ration habituelle et garde son activité normale. Augmenter sa nourriture trop tôt ne fait que l’engraisser, ce qui complique la mise bas. C’est une erreur fréquente : on n’augmente pas les quantités dès le début.
Les besoins explosent à partir de la 6ᵉ semaine, quand les chiots prennent l’essentiel de leur poids. On augmente alors progressivement la ration pour atteindre, en fin de gestation, environ 30 à 50 % de plus qu’au départ. Le bon réflexe : passer à une alimentation « chiot » ou « croissance », plus dense en énergie, calcium et protéines. Comme la masse abdominale comprime l’estomac, fractionnez en plusieurs petits repas par jour plutôt qu’un seul gros.
Un point mérite une mise en garde claire : ne supplémentez jamais en calcium une chienne gestante de votre propre initiative. C’est contre-intuitif, mais un excès de calcium pendant la gestation perturbe la régulation hormonale et augmente le risque d’éclampsie (chute brutale du calcium sanguin) après la mise bas. Une bonne alimentation « croissance » couvre déjà tous les besoins. Toute supplémentation doit être validée par votre vétérinaire.
Pensez aussi au vermifuge : une chienne gestante peut transmettre des parasites à ses chiots. Un protocole de vermifugation adapté à la gestation, à discuter avec votre vétérinaire, limite ce risque. Les principes généraux sont détaillés dans notre article sur la fréquence de vermifugation du chien.
Reconnaître les signes de la mise bas
Le signe le plus fiable de l’imminence de la mise bas est une chute de la température rectale. Dans les 12 à 24 heures précédant le travail, elle passe d’environ 38,5 °C à moins de 37,5 °C. En la prenant deux fois par jour la dernière semaine, vous anticipez le grand jour de façon fiable.
D’autres signaux accompagnent cette baisse : la chienne devient agitée, cherche un coin isolé, gratte et « fait son nid », refuse souvent de manger et halète. C’est le moment de l’installer dans un endroit calme, propre et tempéré, à l’écart de l’agitation.
La mise bas se déroule en trois temps. D’abord les contractions discrètes, puis l’expulsion des chiots (un chiot toutes les 30 à 60 minutes en moyenne, chacun suivi de son placenta), enfin la fin du travail. La mère rompt les enveloppes, lèche vigoureusement chaque chiot pour stimuler sa respiration et sectionne le cordon. Laissez-la faire : son instinct est généralement parfait. Vérifiez simplement que chaque chiot respire et tète rapidement.
Quand consulter en urgence
C’est le point le plus important de cet article. La majorité des mises bas se passent bien, mais une dystocie (mise bas difficile) est une urgence vitale, pour la mère comme pour les chiots. Appelez votre vétérinaire sans attendre dans ces situations :
- plus de 24 heures se sont écoulées depuis que la température est descendue sous 37,5 °C, sans qu’aucun chiot ne soit né ;
- la chienne présente des contractions fortes et continues depuis plus de 30 minutes sans expulsion ;
- plus de 2 heures séparent la naissance de deux chiots alors que vous savez qu’il en reste (d’où l’intérêt de la radiographie de comptage) ;
- un liquide vert foncé ou noirâtre s’écoule sans qu’un chiot suive rapidement ;
- la chienne est abattue, tremble, ou très douloureuse.
Après la mise bas, restez vigilant les jours suivants. Des pertes vaginales nauséabondes, une fièvre, un refus de s’occuper des chiots, ou des tremblements et une raideur (signes d’éclampsie) imposent une consultation rapide.
Et après : les premiers jours
Une fois les chiots nés, la mère assure l’essentiel : chaleur, allaitement et soins. Votre rôle est de garantir un environnement propre et chaud (les nouveau-nés ne régulent pas leur température), de surveiller que chaque chiot prend du poids chaque jour, et de nourrir copieusement la mère, dont les besoins en lactation sont énormes. Le sevrage débute vers 3 à 4 semaines, moment où l’on introduit progressivement une alimentation solide. Pour la suite, notre guide sur l’alimentation du chiot prend le relais.
Enfin, n’oubliez pas l’identification : chaque chiot doit être identifié (puce électronique) avant toute cession, même gratuite. Les règles sont expliquées dans notre article dédié à l’identification du chien.
Bien suivie, une gestation est un moment exigeant mais maîtrisable. Le trio gagnant tient en trois mots : alimentation adaptée au bon moment, surveillance de la température en fin de gestation, et seuils d’urgence connus à l’avance. En cas de doute, votre vétérinaire reste votre meilleur allié.